J’étais seul, ou presque seul au concert du festival baroque, la
musique n’avait pas grand succès. Ce n’était que Beethoven,
Vivaldi, Mendelssohn ou Rachmaninov, voire Chostakovitch par le trio
Rostropovich. Excusez du peu. Cessons là la paraphrase d’une
« soirée perdue » d’Alfred de Musset. On ne perd
jamais son temps en s’attardant à l’écoute de ces gens-là. Et
malgré l’aridité de spectateurs le concert s’avéra « plus
beau que beau » affirmera au final un des quelques vingt
auditeurs présents. La tasse de thé musicale du grand public ne se
situe pas dans cette classe dite « classique ». Ceci
expliquant cela. Le festival baroque fête son vingt et unième
anniversaire ; au cours de sa longue existence, il a proposé
plus de 1500 concerts dans 160 églises différentes. Avec
Mendelssohn, Rachmaninov et Vivaldi, la première partie se montra
plus orchestrale, dans des programmes d’un abord facile. Le second
set comme on dit en Jazz trempa tout entier dans la dextérité avec
des œuvres de Pugniagni/Kriesler. Lequel Kreisler se donnait un
malin plaisir à racheter tous les Stradivarius, si bien qu’il
assécha le marché européen. Il possédait une seconde manie :
réarranger les compositions d’autres auteurs afin de les rendre
plus virtuoses. À l’évidence ses préludes et adagios pour piano
et violon demandaient une réelle maîtrise exceptionnelle. Puis
Beethoven, celui qui ne supportait pas les blancs dans l’exécution
de sa musique proche de l’exercice de style, offrait sa fameuse
sonate N° 21 dite Waldestein dans son « allegro con
brio ». Ce fut effectivement avec brio qui Barbara Karaskiewicz
interpréta ce que l’on pourrait appeler un tube du classique et
reçu les applaudissements à l’aune de son talent. Le récital
s’achevait (déjà) avec une pièce de Chostakovitch, la sonate en
ré mineur pour violoncelle et piano que l’on demande de jouer à
tout coup aux participants des concours internationaux. Et ici la
virtuosité ne se galvaude pas. Le choix des œuvres a donné un
programme tout en délié durant prés de deux heures jamais
ennuyeuses en compagnie d’un trio Rostropovich empreint de rondeur
et finesse.
Un chapeau de paille d’Italie : la mécanique folle du vaudeville
Un chapeau de paille d’Italie est l’un des chefs‑d’œuvre absolus du vaudeville français, écrit par Eugène Labiche et Marc‑Michel en 1851. Voici une pièce construite comme une course‑poursuite infernale, un enchaînement de quiproquos où personne n’a le temps de respirer — ni les personnages, ni les comédiens, ni même l’auditoire. Tout part d’un simple couvre-chef mangé par un cheval. Et soudain, Paris devient le terrain d’une quête désespérée : retrouver un bibi identique pour sauver l’honneur d’une dame compromise… tandis que le héros, est suivi partout, par tout le cortège, de son propre mariage. Le beau‑père, l’épousée, les cousins, un conjoint jaloux : une troupe entière qui ne comprend rien à ses détours mais talonne obstinément, par convention. On les voit surgir sur scène, disparaître derrière les décors, traverser les rangs de l’assistance, comme un troupeau docile et affolé à la fois. La mécanique millimétrée où une conjecture chasse la prochaine, revient, repart, se re...
