Rodolphe Mathieu, une vie d’enseignant entre humour, brouillards locaux et collégiens



Lors d’une soirée chaleureuse entouré d’amis et de collègues, Rodolphe Mathieu a tiré le fil d’une carrière qui s’achève, non sans émotion, au moment où commencent pour lui des vacances définitives. Avec son humour coutumier, il a revisité quarante années d’enseignement, émaillées d’anecdotes précises, de souvenirs tendres et de quelques péripéties mémorables.

Tout commence en 1986, année de son CAPES et… de la naissance de sa première fille. Son premier poste à Nîmes lui laisse un souvenir amusé : « Mes premiers élèves étaient meilleurs que moi, nous n’avions aucune notion de pédagogie », confiait-il avec un sourire. Le second poste le mène dans le Pas-de-Calais, en plein cœur d’un collège en ZEP. Il y découvre un métier exigeant, mais aussi une humanité forte, résumée par une expression qu’il n’a jamais oubliée : « Tu pleures quand t’arrives, et tu pleures quand tu t’en vas. »

Avec sa famille, il choisit ensuite le milieu rural. Leur maison des Cévennes les conduit souvent à traverser le Cantal, et c’est presque par hasard que Chaudes-Aigues s’impose. Le souvenir de leur première arrivée nocturne reste vif : la descente de Lanau noyée dans un brouillard incroyable, un camping-car perdu dans la campagne, et l’impression d’entrer dans un décor de cinéma.

Au collège Louis-Pasteur, il découvre quatre petites classes et une prédiction qui aurait pu décourager plus d’un : « Dans deux ans, le collège sera fermé. » Pourtant, l’établissement atteindra jusqu’à 120 élèves et en comptera encore 100 à la prochaine rentrée.

Polyvalent par nécessité, il enseigne la biologie, la physique, l’art plastique et même la musique, non sans autodérision : « Mes compétences en solfège frôlent le niveau zéro, et je ne sais pas dessiner. » Certains s’étonnent de ce professeur farfelu qui construit lui-même sa maison au lieu-dit Les Angles, sur la commune de Jabrun.

La technologie devient ensuite son domaine. Il partage son temps entre Chaudes-Aigues et le lycée de Saint-Flour, avant d’être nommé à Pierrefort, où quatorze années lui laissent « seulement de bons souvenirs ». Un problème cardiaque le ramène finalement à Chaudes-Aigues et à la fameuse classe cinéma, une CHAC qui ne sera malheureusement pas pérennisée. Il en défend pourtant la richesse : créer des films, c’est apprendre à devenir citoyen, développer son esprit critique, comprendre les flux d’information et les médias. « Dommage », glisse-t-il, avec une pointe de regret.

Aujourd’hui, ce qu’il aime par-dessus tout, c’est croiser d’anciens élèves devenus adultes. Même s’il avoue ne pas être physionomiste : « Je ne les reconnais pas, j’espère qu’ils ne m’en tiennent pas rigueur. »

Rodolphe Mathieu conclut en saluant les personnes rencontrées au fil de son travail et de son quotidien, celles qu’il retrouvait ce soir-là. Et il laisse tomber un chiffre qui dit tout : 800 collégiens accompagnés durant sa carrière.






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